4. La capitalisation des données

Puisque les contenus sont une nouvelle ressource, un nouveau pétrole, de nombreux acteurs cherchent à les exploiter, à les capitaliser. Ainsi par exemple, Apple, qui est à première vue un constructeur d'objets numériques, a mis au cœur de sa stratégie le magasin iTunes et est très rapidement devenu le premier vendeur mondial de musique.

Le principe le plus courant de capitalisation est celui du cloud : le contenu, quel qu'en soit sa nature, est chez un fournisseur et l'utilisateur n'en a que la jouissance, pas réellement la possession. D'une démarche de produit et d'artéfact, on passe à un commerce d'usage, de service. Ceci est renforcé par les faits que, primo, nombre d'usagers ont en permanence un dispositif d'accès (habitude du BYOD bring your own device) et que, secundo, ils veulent pouvoir utiliser n'importe quel dispositif d'accès (habitude de l'ATAWAD any time, anywhere, any device). On achète de moins en moins les biens culturels, en particulier, on loue des flux (streaming). Le cloud vaut également pour les logiciels, qui passent en ligne : SaaS, software as a service, et même pour les ordinateurs : PaaS, platform as a service.

Tous ces éléments induisent, dans la pratique, un nouveau rapport à l'information, à la connaissance. Celle-ci devient externe, dématérialisée[37] et déproprétarisée[38]. Dans un sens inverse, mais convergent, les objets matériels acquièrent de plus en plus une contrepartie numérique en ligne, ou au sein de bases de données, c'est ce qu'on appelle l'Internet des objets. Chaque artéfact, potentiellement, a vocation à intégrer un catalogue universel, bien au delà de ce que pouvaient faire les bibliothèques avec les œuvres imprimés.



[37] Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'a pas de contrepartie matérielle quelque part dans le monde, sur un certain nombre de disques durs, mais qu'elle est mobile et peut se déplacer et ce copier facilement d'un endroit à l'autre, sans que ses utilisateur n'en aient toujours conscience.

[38] Là aussi, l'information a bien, le plus souvent, un propriétaire, mais cette information n'est guère pertinente pour la plupart de ses utilisateurs.